Call it anything

Depuis 2012 

 

Avec les contributions, interventions, soutiens de: 
Marc Boissonnade, Sylvie Brosseau, Lucien Castaing-Taylor, Elisabeth Claverie, Roland Desbordes, Vinciane Despret, Patricia Falguières, Keiichi Ishii, Sophie Houdart, Ernst Karel, Gaspard Kuentz, Elisabeth Lebovici, Myriam Lefkowitz, Chihiro Minato, Yoann Moreau, Tatsuhiro Ôno, Véréna Paravel, Mélanie Pavy, Nataša Petrešin-Bachelez, Oussouby Sacko, Stéphane Sautour, Alexandre Schubnel, Catharina Van Eetvelde (en cours).

 

Longtemps utilisé pour nommer une opération et le collectif d’auteur.e.s qui lui était associé, Call it anything devient désormais un label d’activités avec lequel F93 entend poursuivre un ensemble d’initiatives ayant toutes pour point commun la catastrophe du 11 mars 2011 à Fukushima. L’interprétation courante de Call it anything au sens de « n’importe lequel, indifféremment » est certainement correcte, mais, dans sa forme, elle néglige l’esprit dans lequel a été retenu ce titre en 2012 et la raison pour laquelle on continue de s’y référer : non pas « un nom, peu importe lequel » mais « un nom, pour que cela importe ».

Une question de temps, au préalable : autoriser du temps long, s’ouvrir à des « succès » différés, et cela, en apposant un label sur des activités conduites par un centre culturel jusqu’ici habitué au temps court et aux renouvellements continus. Dans des conditions qui ne sont plus les mêmes, en particulier celle de la durée, une démarche peut se mettre à courir d’autres risques. On se livre de façon en apparence plus sereine à l’avenir. Comme s’il était enfin possible de perdurer, de « durer toujours et quoi qu’il arrive », et d’abord pour voir si les différents engagements pris pourront un jour entrer dans des rapports de vérité : quelle sera la réalité de ces engagements, quelles seront leurs références, leurs finalités ? Quelle sera leur destination, quels seront leurs modes et procédures ? Question de territoire, aussi : il est fort probable qu’un principe de label ait toujours vécu à proximité de Call it anything. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un label n’a besoin ni d’un vaste espace ni d’une industrie culturelle, il a cette capacité, opportuniste, de pourvoir s’exprimer dans des zones à faible densité. Il peut s’y établir et prospérer tant qu’il dispose d’un milieu en recherche d’activités, de visibilité, comme c’est le cas ici, et à la conquête de nouvelles relations – financières, savantes, politiques, éducatives – ; ce dernier aspect constituant toujours un critère de choix pour un label. Le long de cette trame, les tonalités de temps et de territoire ont su vibrer, bien entendu, avec nombre d’interlocuteurs « historiques » de l’opération, en premier lieu desquels figurent les différentes contributions écrites, orales, visuelles, etc., initiées et réunies par F93 depuis 2012. De par les effets multiples de leur conception, de leur venue et de leur présence, ces contributions ont toutes jouée un rôle majeur dans l’annonce d’un label ainsi que dans sa formule à venir. En effet, outre le principe d’appartenance dont un label  est porteur, sa capacité à réunir sous un même nom, ce dont ces contributions conviennent toutes, elles réclament à son propos un geste particulièrement « pratique », qu’il puisse faire l’objet d’une « pratique » dans la mesure où toutes veulent être lues, vues, méditées, utilisées, mises à l’épreuve. Pour elles, ce label se doit, avant toute chose, d’être un opérateur.

Le cas du label est éclairant à beaucoup d’égard. Ce qui attire F93 vers cette question, décidemment, c’est qu’un label peut aussi amorcer, favoriser et par la même servir, le projet d’une « mémoire » et par extension d’une archive véritable : attester, instituer, conserver ; on parle ici de collectionner toutes les connaissances et compétences mobilisées ; les méthodes utilisées, en particulier pour répondre aux problèmes considérés comme pertinents ; les modalités de réponse et de validation ; les manières de percevoir, de ressentir, d’observer, de juger, etc. Un intérêt qui s’explique si l’on songe aux participants à la démarche, les présents comme les futurs. D’une part, rendre lisible à tous le fait que chaque nouvelle étape est redevable aux actions préexistantes, que les personnes qui la franchissent aux côtés de F93 aient eu l’intention de poursuivre les démarches accomplies avant elles, de les supplanter ou de les démentir. D’autre part, montrer que la trajectoire d’un projet comme celui-ci est très affecté par l’ordre dans lequel les solutions arrivent, sont proposées ou trouvées, et ce, dans la mesure ou un tel ordre détermine toujours le développement des possibilités à venir, que celles-ci se situent au niveau de la recherche, de la stratégie générale, de la diffusion, des idées, ou bien au niveau du travail en commun, du travail préparatoire, des échanges polémiques et/ou contradictoires.

Force est de constater que l’identité de ce label est plutôt déterminée à travers sa relation à une « idée », c’est-à-dire à la somme de ce qu’il peut rendre possible. S’il nous fallait encore une fois penser les questions « Que peut un label et d’où provient-il ? », en plus des réponses déjà suggérées en termes de temps, de territoire, ou d’archives, il faudrait préciser également ceci : en matière de créations, de contributions ou d’interventions, le label Call it anything ne veut pas opposer ce qui relève du dire et du faire ; il ne saurait d’ailleurs ni les opposer ni les séparer, dire étant pour lui déjà faire. Ici, le modèle du label, c’est la promesse ; il attache beaucoup d’importance à cette notion étant donné que toute sa philosophie pourrait y être résumée. D’abord, parce qu’il y a dans ce label un acte de parole ; le label a – comme on dit en cette circonstance - donné sa parole. Se trouve ensuite - et à nouveau - le problème du temps. Quand le label dit : « j’existerai encore demain », il lui faut tenir, parce qu’alors il maintient une posture, il dit sa capacité de « maintenir » en dépit des variations d’humeurs et de sentiments, en dépit des échecs et des erreurs, du manque de moyens, et malgré le temps qui use et usera en particulier son désir de tenir sa promesse. Dans cette situation, s’exprime un autre versant de la promesse, puissant lui-aussi, c’est le fait qu’il n’y ait pas que le label qui soit en cause. Certes, c’est lui qui doit tenir sa promesse mais vis-à-vis d’un autre, en l’occurrence ce sont d’autres – actuellement deux anthropologues, une historienne, un plasticien, un sismologue, deux cinéastes, une curatrice, etc. – qui toutes et tous comptent sur le label, c’est-à-dire s’attendent chaque fois à ce qu’il tienne sa promesse. Si bien, que c’est en recevant, en recueillant pour ainsi dire, ces nombreuses attentes que les uns et les autres ne cessent de tourner vers lui, que le label reçoit sa capacité de tenir une promesse. Ajoutons encore cette caractéristique : notre label veut faire de la reprise « permanente » des discussions à propos de Fukushima son orientation principale. Cette disposition a pour corollaire le soin tout particulier qu’il s’agit de porter au concept - pour le coup assez générale - de « créativité » : tenter de faire récit avec Fukushima, projet se situant à la frontière entre mémoire, histoire et présent ; tenter, donc, d’en faire le récit, de faire récit de ce que nous sommes à partir de la catastrophe mais entamer également le récit ou les récits de ce que nous pourrions devenir, et par la même occasion, essayer de fabriquer et surtout d’utiliser tous les moyens appropriés pour une telle entreprise, c’est se placer précisément au cœur d’une créativité sociale, culturelle, scientifique, esthétique, où raconter constitue – ou devrait constituer – un acte permanent. Pour ces raisons, les activités produites et diffusées au sein de notre label ne porte pas et ne porteront pas sur Fukushima ou sur « quelque chose » de Fukushima ; la collaboration de certains artistes n’a pas non plus à voir immédiatement avec l’idée de se représenter la catastrophe (autre chose étant, à l’inverse, l’importante question de la représentation et avec elle la capacité des « images » à susciter et à autoriser telle ou telle lecture de la catastrophe) ; de même que la présence de scientifiques n’a pas pour objet premier d’initier une critique. Nous ne disons pas que tout cela est faux ou inutile, nous n’avons rien contre ces principes en tant que tels. Nous en interrogeons les conséquences pour « nôtre » label. Lui, en effet, s’envisage comme davantage expérimentale, fort d’une économie dans laquelle toutes sortes de relations attendent de pouvoir s’enrichir : il s’agit d’imbriquer les unes dans les autres des techniques multiples, en termes de pensée, de savoir-faire mais aussi d’affects, de présence, de répétition, permettant de bénéficier collectivement des proximités et des passages pouvant les relier ponctuellement. Supportée par un label, cette approche peut espérer devenir une réelle alternative qui n’implique plus, ou moins, la conception d’interfaces entre des domaines supposés statiques et bien définis (dans notre cas : philosophie, cinéma, anthropologie, arts plastique, géologie, etc.).

La catastrophe de Fukushima est devenue en quelque sorte une affaire et dans tous les sens possibles : drame, événement, projet, offense, négociation, bruit, participation, émotion, confusion collective, lutte, mêlée, mimétisme, business, spectacle. Depuis 2011, elle est aussi la nôtre à F93. Cela étant dit, que peut représenter un label comme Call it anything dans le vaste concert des initiatives ayant trait à Fukushima ? Il n’abrite pas une méthode rigoureuse et encore moins une théorie ; au mieux, il développera un format indécis, voire mystérieux, qui s’avancera en refusant la plupart du temps de suivre les plis indiqués par des disciplines, des principes ou par nombre de hiérarchies et distinctions qui souvent fondent les engagements. Son attitude générale pourra attirer de la sympathie ; quelques-uns pourront même y voir une joyeuse pagaille un tant soit peu « sauvage » ; on pourra aussi, et à l’inverse, considérer ce label et les initiatives qu’il rassemble comme indifférent, voire à l’écart, de ce que seraient les attentes du public et des citoyens. Sur ce point, des efforts ont été effectués pour expliquer qu’il n’en est rien. Mais de fait, ce label accepte d’être jugé « faible » là où pourtant il voit une qualité indispensable pour un projet collectif de cette envergure : en continuant de se désigner comme un processus encore incapable de cerner ou de présenter, et répétant qu’il fait face à de l’indéfini, il tente d’introduire un peu de jeu, de tremblé, voire de déséquilibre, au cœur des nombreux et puissants dispositifs de « mise à la raison » qui pourraient rapidement fournir les principaux jugements et remarques sur Fukushima.

 

Expositions / Diffusion :
- NOUS NE SOMMES PAS LE NOMBRE QUE NOUS CROYONS ETRE: Symposium de 36h du collectif: séance de travail ouverte au public, sur une invitation de Béton Salon. Cité Internationale des Arts, Paris, 2 et 3 février 2018.

- Marche du collectif dans la région de PENINSULE DE BOZO JUSQU'A SENDAÏ, 26 octobre -4 novembre 2017.

- TUTTI FRUTTI : intervention de Sophie Houdart, Stéphane Sautour, Mélanie Pavy et Marc Boissonnade à EHESS, sur une invitation de Patricia Falguières. Paris, 2 juin 2017.

- What Can We Learn from a Collective Walk Nearby Fukushima ? : a draft walk on the wild side, conférence de Sophie Houdart et Yoann Moreau, dans le cadre d’un séminaire organisé par Matsumoto Miwao, département de sociologie, Université de Tôdai, Tokyo, 2 novembre 2016.

- D’un certain rapport entre la nature et la technique, conférence de Patricia Flaguières, département de philosophie, Komaba, université de Tokyo, Tokyo, 2 novembre 2016. 

- Marche du collectif dans la région de Fukushima, 24-31 octobre 2016. Rencontre avec : Sylvie Brosseau/ professeure à l'Université de Waseda, Tôkyô (spécialiste de l'histoire urbaine), Oussouby Sacko, architecte/ dean de la faculté des humanités de l'Université Seika, Kyôto, Gaspard Kuentz/ réalisateur et scénariste, Keiichi Ishii/ professeur au Département d'agronomie de l'Université de Sendai/ économiste spécialiste des politiques agricoles. Photos prises pendant la marche à voir sur le Blog de Stéphane Sautour.

- Fukushima mon amour, workshop de Marc Boissonnade, sur une invitation d’Eric Jourdan, Ecole Supérieure d’Art et de Design, Saint-Etienne, décembre 2015. Exposition des projets des étudiants à la XXIè Triennale de Milan, 2 avril- 2 sept 2016.

- La chose radieuse. Vivre en territoire contaminé après la catastrophe de Fukushima, conférence de Sophie Houdart, dans le cadre de la journée sur Le parti pris des choses en sciences sociales, école française de Rome, Rome, le 16 juin 2016. A lire ici.

- Do you not hear the sea ?, exposition de Stéphane Sautour, Galerie Loevenbruck, Paris, 11 déc – 30 janv 2016.

- Au sujet de Fukushima. Essai d’anticipation participante, lecture de Yoann Moreau et Sophie Houdart, dans le cadre du colloque Le théâtre des opérations : mise en scène de l’action, coordination des mouvements et transformation du monde, EHESS, Paris, 15 décembre 2015. 

- Ah Humanity!, projection du film de 23 min. de Véréna Paravel, Lucien Castaing-Taylor et Ernst Karel, pour Nuit Blanche, aux Archives Nationales, Paris, 3 octobre 2015.

- Whether weather…exposition de van Eetvelde Sautour, Artipelag, Stockholm, 6 fév - 3 mai 2015.

- Fukushima, dans les règles de l’art, proposition de Sophie Houdart, Yoann Moreau et Marc Boissonnade, lauréate de l’appel à projets du ministère de la culture et de la communication Pratiques scientifiques et techniques au regard des politiques culturelles : questions et enjeux, mars 2015.

- Whether weather… exposition de van Eetvelde Sautour, galerie Greta Meert, Bruxelles, 13 sept- 8 nov 2014.

- Whether weather… exposition de van Eetvelde Sautour, Studio Li Edelkoort, Paris, 2-25 oct 2014

- Whether weather, publication d’un livret sur van Eetvelde Sautour, 2014. A télécharger ici

- Staying with the trouble, table ronde de Sophie Houdart, Yoann Moreau, Patricia Falguières, Studio Li Edelkoort, Paris, 7 oct 2014. A télécharger ici.

- A propos de Whether weathertexte de Sophie Houdart sur la collaboration de van Eetvelde Sautour, 2014. A télécharger ici.

 

Photographies : Pierre Antoine, Jean-Baptiste Bélanger, ANTOINE DUMONT, Galerie Greta Meert.

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