Figure Libre

Sollicité par le département de la Seine-Saint-Denis, F93, centre de culture scientifique et technique, a imaginé un projet autour de la rencontre entre un artiste, la collection d’art contemporain de Seine-Saint-Denis, et un public d’adultes sourds et malentendants regroupés par le SAMSAH Rémora. L’objectif est de construire des échanges autour d’une sélection d’œuvres à travers quatre moments thématiques, et de filmer ces échanges. Le projet détaillé ci-dessous doit s’entendre comme une proposition qu’il faudra discuter avec le groupe, une fois celui-ci constitué, pour construire ensemble le projet. 

 

Intervenant-e-s:
artiste plasticien, vidéaste, traducteurs

Chargée de projet:
Florise Pagès

 

Introduction:
Depuis toujours les œuvres d’arts dessinent autour d’elles un espace commun ou chacun est invité à faire l’expérience de leur présence : il peut s’agir de trouver des mots et du sens ou d’éprouver des sensations, de les comprendre, de s’expliquer avec elles, ou de créer un lien familier. Les chemins pour y parvenir sont pluriels et variés. Dans l’atelier imaginé ici, toutes les approches seront donc bonnes puisqu’elles émaneront d’une relation de confiance entre l’artiste et le groupe, avec la conviction que tous les participants ont la capacité d’enrichir les discussions et de réussir à les transformer vers une expérience sensible à part entière : le groupe a tout à apprendre de l’artiste ; l’artiste a tout à apprendre du groupe. Il est ici question de parler à sa manière, d’improviser, d’apprendre à se décaler à plusieurs, d’aiguiser un regard. Le groupe de sourds et malentendants est au coeur de cette démarche, en particulier l’usage continu qu’ils et elles feront de la langue des signes et de ses richesses : des gestes visuels, un jeu du corps dans l’espace, des mimiques, des imitations, de la symbolique, des bruits. C’est en considérant tout cela, que la forme audiovisuelle a pris tout son sens : à la fois pour restituer au mieux le « monde » des sourds et malentendants, ensuite pour l’entremêler à celui des œuvres sélectionnées et de l’artiste, et enfin pour donner au groupe un vecteur de partage de cet atelier avec leurs proches qui ne nécessite aucune traduction supplémentaire.

Atelier:
L’art, mode d’emploi
Cette première phase consiste à effectuer un choix parmi la dizaine d’œuvres à disposition, pour n’en préférer que deux (même si les autres resteront accessibles en permanence). Pour ce faire, l’artiste et le groupe vont se lancer dans une forme d’enquête, le plus souvent en suivant des questions ; certaines resteront ouvertes ou en suspens, d’autres permettront de rebondir sur de nouveaux problèmes (et ainsi de suite) : « Qu’est-ce que les œuvres d’art font faire à celui ou à celle qui les regarde ? », « Si quelqu’un est déçu par une œuvre, qu’est-ce que cela signifie ? », etc. Pour le groupe, il s’agit d’utiliser et de pratiquer toutes sortes de critères et de jugements (histoire et contexte, intentions et messages, goûts et ressentis, techniques et langage, à la fois visuels et narratifs, etc.) qui seront autant de portes d’entrées pour lancer des pistes de discussions. Le groupe réfléchira ainsi à quels sont les critères des uns et des autres, comment construire ces critères etc… Dans un second temps et de manière individuelle, chacun va tenter de classer les œuvres en les numérotant de 1 à 10 et les accompagnant de commentaires, puis présentera et discutera ses choix avec l’ensemble du groupe. On attachera de l’importance à tout ce qui se dira, même si tout ne sera pas conservé ; c’est le processus qui compte. A l’issue de cet exercice, un vote permettra d’obtenir ainsi une sélection définitive de deux œuvres.

Passages
Il faut maintenant alimenter les prises de parole du groupe autour de ces deux œuvres. Toutes sortes de méthodes sont à nouveau proposées par l’artiste pour plonger à l’intérieur d’une œuvre. D’abord il faut imaginer comment se rapprocher d’une œuvre. Les expériences pourront avoir différents points de départ : des mots clés, des thématiques descriptives (couleur, média, formats), des orientations (essayer d’aborder l’œuvre du point de vue de l’histoire de l’art, des sensations…). Les expériences feront également appel à différents registres d’actions, les participants pourront apprendre à manipuler ou transmettre ces œuvres : par exemple, que se passe-t-il si l’on grossit un détail ? Si l’on place une image à côté d’une autre ? Que ressent-on quand on nous raconte une image sans la voir ?

Nous Deux
Que raconte-t-on de soi quand on parle d’une œuvre ? Durant cette troisième étape, le groupe va multiplier les descriptions cette fois-ci sur des bases qui sont davantage liées à leur langue des signes. L’idée étant de percer un peu plus l’intimité de cette langue, ce qu’elle renferme, convoque, évoque. Pour y parvenir, l’artiste propose aux participants d’emprunter deux axes propres à l’art en faisant parler le groupe sur la couleur et la forme. L’exemple du signe « blanc » mimant la collerette blanche visible sur les peintures de la Renaissance donne une bonne idée des images qui peuplent le monde des sourds et malentendants de façon imperceptible. Un troisième axe serait d’interroger le silence dans lequel ils sont, ou pas, et le rapport particulier aux œuvres que cela implique. Durant cette séquence de travail, un nouveau lien se trame entre la collection et les sourds et malentendants, par des voies que seuls eux détiennent et qu’ils expriment grâce à la rencontre.

Un film à soi
Depuis la première séance, le jeu d’aller-retours entre des images (les œuvres), un langage signé (très imagé aussi), et un langage parlé (la traduction) est enregistré en format audiovisuel. Pour cette ultime étape, des séquences vidéo de plusieurs minutes sélectionnées par l’artiste et la vidéaste sont projetées au groupe. Après avoir abordé les notions de cadre, de prise direct, la vidéaste en vient au montage, puis au contenu et pose la question de ce que l’on désire raconter. A travers cet exercice, les participants sont conviés à se regarder, à revoir des choses passées inaperçues, rouvrir des portes laissées fermées, etc ; de nouvelles questions pourront apparaitre : doit-on re-filmer certaines scènes ? Doit-on préciser des choses ? Est-on clair ? Y-a-t-il des manques ? Est-ce important de les combler ? Qu’en est-il du son ? D’une séance à l’autre, l’artiste et la vidéaste retravaillent des montages qui sont proposés au groupe, en tenant compte des décisions prises collectivement. Petit à petit, ils procèdent ensemble à l’écriture d’un récit final, capturé dans le ou les films.

LE COURS DES CHOSES

Avec la période de confinement, les démarches initiées en collège ont connu quelques changements, également quelques aménagements et surprises. Le moment est venu de présenter ce qui a été finalisé par les élèves, les enseignants et les intervenants. Cet espace de diffusion rapporte nombre de témoignages visuels, sous des formats à la fois fixes et animés, et invite les visiteurs à une découverte différenciée : en cela par projet identifié ou d’une manière plus aléatoire.