Les fins de l'histoire?

Opération culturelle soutenue par la région Ile-de-France dans le cadre de l’initiative « La science pour tous ».

Pour la deuxième année consécutive, F93 s'inspire des travaux des historiens Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz, auteurs de l’ouvrage Pour une Histoire des possibles (Le Seuil, 2016), consacré à l’histoire contrefactuelle. Spécialistes de cette démarche qui invite à explorer les passés non advenus en se demandant « Que se serait-il passé si… ? », ils assurent la direction scientifique du projet mené par des historiens encadrant les ateliers. 

 

Intervenant-e-s:
Historien-ne-s

Chargé-e-s de projet:
Mariette Gaillard, Florise Pagès, Mathieu Marion

 

Objectifs:
« Et si cette période avait suivi un autre cours ? Et que serait-il advenu si ? » : derrière ces questions, beaucoup d’historiens reconnaissent la signature de l’histoire contrefactuelle. Avec « Les fins de l’histoire ? » F93 a conçu une démarche permettant à des lycéens de mettre à l’épreuve cette histoire « des possibles ». A travers un déroulé éducatif, il s’agira d’abord de découvrir ce que signifie « contrefactuelle » dans le cadre d’une recherche historique : que vient mettre au jour ce supplément et pour quelles nécessités ? Ensuite, ce seront autant de questions à conduire et de problèmes à résoudre au sujet des archives, des méthodes documentaires, de l’emploi de la narration, de l’abstraction, de l’interprétation, ou quand il est question pour l’historien de formuler des hypothèses « alternatives ». Les élèves auront la possibilité d’expérimenter des cas historiques précis, également d’aborder les enjeux et les interrogations scientifiques suscités par ce qui reste, aujourd’hui encore, une approche singulière.

Atelier:
« Que se serait-il passé si... ? » : si cette question traverse souvent les discussions, les fictions ou la littérature, elle se révèle également pertinente pour les chercheurs en histoire. Elle permet en effet de repenser les liens entre causalité et vérité, histoire et fiction, déterminisme et hasard. À travers des cas choisis (« un monde sans la traite des esclaves », « Louis XVI s’est enfui »), les élèves sont invités à prendre la mesure de cette approche : que signifie travailler sur les possibles du passé ? Comment l’expérimenter concrètement et comment entendre, au final, l’histoire, sa définition et son rôle ?

Plonger dans les archives  
Au lycée, les élèves ont pris l’habitude de manier des catégories historiques ( les « Grandes Découvertes », les Temps modernes, la Belle Époque...). Un premier travail va consister à montrer comment certaines de ces catégories renferment des implicites qu’une approche contrefactuelle peut mettre en discussion et déconstruire. Pour cela, le point de départ de la démarche s’appuie sur ce que les historiens anglo-saxons appellent des « turning points », véritables tournants dans l’histoire où se croisent différentes issues possibles. A partir d’une sélection de sources documentaires faite par l’intervenant, les classes découvrent le turning point sur lequel elles vont travailler et approfondissent le contexte de la période concernée. En effet, afin de ne pas tomber dans la rédaction d’un écrit d’invention, d’imaginer une histoire fictionnelle inventée de toute pièce il faut s’appuyer sur le contexte historique dans lequel l’évènement s’inscrit pour imaginer des futurs crédibles. Pour cela, les lycéens travaillent sur un premier corpus d’archives (correspondances, iconographies, cartes, documents administratifs…) et des travaux de recherche de l’intervenant, spécialiste de la période.

Retrouver les « possibles du passé »
Les élèves peuvent maintenant formuler des hypothèses différentes de l’Histoire « réelle » : « Et si Napoléon avait remporté la bataille de Waterloo ? » : comment alors retrouver dans les archives les projets de conquête élaborés par Napoléon lui-même pour mettre au jour des scenarios alternatifs ?... « En 1914, si les hommes n’avaient pas consenti à partir à la guerre ? » :  permettre aux élèves d’identifier des « influences culturelles » auxquelles seraient sensibles les Français de 1914 et qui justifieraient un refus de la guerre. Pour cela, ils doivent tenter de réfléchir comme un homme de 14, de penser comme lui, de tenter de reconstituer le « champ d’expérience » des acteurs de l’Histoire. Par ces possibles, la classe mesure ou discute l’impact et la portée historique d’un événement et envisage les moments de basculement dans une perspective plus complexe, plus ouverte, mais tout aussi rigoureuse. On n’est là ni dans le vrai, ni dans le faux, mais dans un espace de discussion et d’interprétation où la parole des participants peut mieux se faire entendre. Chacun apporte son savoir, son vécu, son interprétation pour participer à la discussion sur l’Histoire. La frontière entre bons et mauvais élèves s’estompe, tout le monde a le droit de jouer et de se tromper. Ici, l’Histoire est comme une œuvre ouverte que l’historien et les lycéens contribuent à produire.

Retour vers le « futur advenu »
En réfléchissant aux futurs possibles du passé, les élèves dégagent ce qui appartient à la catégorie des évènements et ce qui appartient aux phénomènes de longue durée. Ils réfléchissent ainsi à leur articulation et jouent sur les liens de causalité qui les unissent : « Si Christophe Colomb n’était pas arrivé en Amérique (l’événement), les Européens auraient-ils quand même atteint, conquis et colonisé l’Amérique (phénomène de longue durée) ? ». Avec les intervenants, les classes réfléchissent aux implications politiques, morales, scientifiques, techniques de ces futurs non advenus. Une fois ces relations complexes décortiquées, les élèves peuvent revenir à l’Histoire réelle et mieux comprendre comment celle-ci, en tant que science humaine, cherche des raisons aux actes humains sans nécessairement arriver, comme en science naturelle, à une loi universelle qui définit pour chaque phénomène des causes fixes. Les élèves par cette expérience passent de « l’histoire raconte le passé » à « l’histoire tente d’expliquer le passé par la recherche de causalités ». En justifiant leur choix pour tel scénario qu’ils considèrent comme étant plus crédible, ils établissent par eux-mêmes des liens de causalité. L’histoire contrefactuelle est totalement basée sur cette recherche des causes pour développer des scénarios alternatifs possibles et crédibles. L’histoire contrefactuelle offre, en cela, un avantage. Plutôt que d’aller chercher dans les documents fournis des causes à un événement, les élève produisent par eux-mêmes une explication du passé et passent ainsi du récit à l’explication.

 

Photos: PIERRE ANTOINE / STÉPHANE SAUTOUR

Les fins de l'histoire ?
Les fins de l'histoire ?
Les fins de l'histoire ?
Les fins de l'histoire ?

LE COURS DES CHOSES

Avec la période de confinement, les démarches initiées en collège ont connu quelques changements, également quelques aménagements et surprises. Le moment est venu de présenter ce qui a été finalisé par les élèves, les enseignants et les intervenants. Cet espace de diffusion rapporte nombre de témoignages visuels, sous des formats à la fois fixes et animés, et invite les visiteurs à une découverte différenciée : en cela par projet identifié ou d’une manière plus aléatoire.