Tous au lit

Depuis 2009, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis soutient « la Culture et l’Art au Collège (CAC) ». Cette démarche repose en grande partie sur la présence, en classe et pendant plusieurs semaines (40h), d’un artiste ou d’un scientifique ayant pour mission d’engager les élèves dans un processus de recherche et de création.

 

Intervenant-e-s:
JULIE PANET/ DOCTORANTE EN ANTHROPOLOGIE, EMMANUEL DESVEAUX, EMMANUELLE DURAND / ANTHROPOLOGUEs.

Chargée de projet:
FLORISE PAGÈS

 

Objectifs :
Le tiers d’une existence humaine se passe au lit. Il était dans ce parcours question de reconstituer les pratiques dans et autour du lit, à commencer par celles des élèves. Voici le point de départ d’une recherche toute en sources et en témoignages, que viendront croiser des questions sociales, médicales, artistiques, politiques.  

Atelier :
Mon plumard
Un premier temps a consisté à introduire les élèves à l’anthropologie et à sa méthodologie pour les sensibiliser à l’étude des objets du quotidien et des pratiques rituelles, anciennes comme contemporaines. Les élèves ont ainsi mis en perspective des exemples de tous horizons avec leurs lits et par extension leurs chambres, leurs sommeils, leurs intimités en regardant de plus près leurs habitudes et gestes d’avant la nuit ; sont-ils strictement personnels ou communs et partagés ailleurs dans le monde ? Que disent-ils de chacun de nous et de notre société ? Les élèves ont pour certains rapporté des objets liés à l’endormissement ou au sommeil, pour d’autres pris en photo ce qui entoure leur lit et les ont soumis à une série d’exercices allant de l’inventaire technique avec un descriptif objectif, à un récit plus sensible contant ce que ces objets symbolisent pour eux. Ces objets ont ainsi été le fil rouge de plusieurs séances qui ont permis d’aborder et de documenter les pratiques et les usages ainsi que les temps, les moments et les sentiments associés au lit. La classe s’est appuyée sur des extraits littéraires, des sources visuelles ( films, bandes dessinées, œuvres…)et historiques pour mieux cerner l’évolution des pratiques liées à ces objets. Si le matelas a permis d’évoquer les premières apparitions du lit et de creuser l’expression « Good night, sleep tight », le réveil à lui ouvert sur la question du sommeil segmenté, la couette et l’oreiller ont introduit l’enjeu de distinction de classe et de statut etc. Cette première période d’atelier leur a permis de confronter leurs propres pratiques pour mieux les distinguer et les comprendre.

Une infinité de lits
Dans un second temps, il a été question de réfléchir plus largement à la perception qu’ils avaient du lit et du sommeil, dans l’idée de faire émerger d’autres enjeux liés aux pratiques du lit : de design, politiques, médicaux, affectifs. Certains se sont par exemple penchés sur le Japon où la culture du repos et des siestes courtes est largement admise, au travail comme dans la vie quotidienne, comme en attestent les exemples des hôtels capsules, les lits partagés au milieu du lieu de vie etc. A leur tour, ils ont imaginaé comment ils pourraient faire la sieste à l’école, s’il en avait l’autorisation, avec quelles contraintes, dans quelles positions, ensemble ou seuls, en documentant leur recherche par une séances de prise de vues. D’autres élèves se sont amusés à transformer la vision négative du sommeil colportée dans la langue française en détournant nos expressions communes (par exemple « la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt »…). Enfin, ils ont identifié une personne ayant un rapport professionnel avec le lit qu’ils allaient interviewer ; pour cela, ils ont dû construire une grille d’entretien, distribuer des rôles, accueillir puis enregistrer leur invité, prendre des notes sur leur carnet et apprendre à rebondir face à ses réponses. Un neurologue du sommeil qui travaille sur le somnambulisme a ainsi détaillé les protocoles et les événements qui ont lieu dans le lit médical avec un appareillage technique spécialisé, deux anthropologues travaillant l’une sur le rêve et l’autre sur un rituel mortuaire indonésien pratiqué couché sont intervenues, mais aussi un psychologue et un étudiant en médecine, pour partager leurs rapports au lit, au sommeil, au rêve, à la maladie, à la naissance, à la mort…

Partager :
En fin d’année, plusieurs séries d’affiches ont été imaginées à partir des slogans inventés par les élèves, de leurs remarques formulées tout au long du projet, d’objets discutés en classe ou des photos prises par eux des objets autour de leur lit. Ces posters ont ainsi servi de matériel de médiation lors de la présentation du projet par les élèves aux autres classes, pour ensuite prendre place sur le mur de la chambre des élèves, non loin de leur lit.

Remerciements : Yannis Idir / neurologue du sommeil, Amélie Barbier / anthropologue, Victor Rosenthal / psychologue, Kendrys Legenty/ réalisateur, Catherine Scheer/ anthropologue.

 

Sorties :
- Musée du Quai Branly, Paris
- Musée des Arts Décoratifs, Paris

Collèges :
- Classe de 6è C du collège Jacques Prévert à Noisy-le-Grand
- Classe de 5ème SEGPA au collège Théodore Monod à Gagny
- Classe de 4è au Collège Saint-Exupéry à Rosny-sous-Bois

 

Design graphique : Biblis Duroux

Tous au lit
Tous au lit
Tous au lit

LE COURS DES CHOSES

Avec la période de confinement, les démarches initiées en collège ont connu quelques changements, également quelques aménagements et surprises. Le moment est venu de présenter ce qui a été finalisé par les élèves, les enseignants et les intervenants. Cet espace de diffusion rapporte nombre de témoignages visuels, sous des formats à la fois fixes et animés, et invite les visiteurs à une découverte différenciée : en cela par projet identifié ou d’une manière plus aléatoire.