Propagation de la monotonie

2011- 2012

 

Avec les créations originales de :
Grégoire Eloy/ photographe (photographies), Sophie Houdart/ anthropologue (textes), Stéphane Sautour / artiste plasticien (dessins).
Réalisation de l'installation avec:
Gaël Hugo / graphic designer (effets spéciaux), Simon Goubert/ musicien (bande son), Eric Jourdan/ designer (scénographie), Julien Pornet / monteur (VIDÉO), Julie Sicard/ actrice (voix), Philippe Troyon/ réalisateur (vidéo).

 

Allongée sur le vide

Un vaste équipement scientifique, le Grand Collisionneur de Hadrons, plus communément appelé LHC, laisse entendre qu’il va percer les ultimes secrets du cosmos. Un centre de culture scientifique dit qu’il restitue la diversité des relations qui passent entre les sciences et le public. Une expérience lutte pour entrer dans un récit. Est-ce une exposition? Si oui, Propagation de la monotonie ressemble bien peu aux modèles du genre. Un modèle selon lequel les sciences élaborent des connaissances que des communicants diffusent au moyen de supports ensuite adoptés ou rejetés par le public.

A ce principe linéaire, Propagation de la monotonie répond par le recours à des interactions soutenues, notamment au sein d’un collectif formé d’interprètes aux compétences variées, ou encore cette idée de substituer au découpage séquentiel une série permanente d’allers et retours entre recherche, production et développement. Ce qui a rendu nécessaire le détour par ces méthodes, c’est un constat brutal face au réel : le Grand Collisionneur de Hadrons n’est pas représentable. A moins qu’une exposition n’arrive à faire coïncider un ordre à plusieurs dimensions, le LHC, avec un ordre n’en possédant qu’une, une histoire.

Propagation de la monotonie fait subir au LHC un certain nombre d’opérations qui parfois le transforme, l’enrichit ou le décale. Pour ces situations comme pour d’autres, l’exposition exploite la grande flexibilité de l’équipement, une flexibilité qui provient du fait que le CERN, l’institution qui gère le LHC, se donne pour mission, non seulement de le faire fonctionner, mais aussi de raconter à sa manière et par différents procédés ce fonctionnement même. Hors, malgré tous ses efforts, le CERN ne peut pas faire autrement que de souligner certains aspects du LHC et par là même laisser à d’autres le soin de fabriquer des récits alternatifs. Dès lors, Propagation de la monotonie s’inscrit dans cette série nécessairement incomplète des LHC prévisibles ; c’est même à partir de cette incomplétude et en tirant partie de visages inédits ou inhabituels que l’exposition existe.

Quelques éléments tirés des « LHC strictement prévus » par le CERN sont tout de même repérables dans l’exposition.  Par contre, leur intégration au sein de celle-ci relève d’un savant processus permettant à la fois de les adapter tout en laissant intacte leur fonction première : être les témoins d’un certain LHC. Dans de nombreux cas, Propagation de la monotonie préserve le sens de l’élément mais l’interprète différemment, par exemple en l’installant sous un angle inattendu. Parfois, l’élément est un point de départ qui permet d’amorcer un nouveau récit. Dans d’autres situations, l’exposition se constitue un matériau à sa mesure en détournant purement et simplement le sens d’un élément qui l’intéresse ou en se livrant à un curieux travail que l’on pourrait dire d’extension : l’élément provenant du LHC fait l’objet d’associations nouvelles tout en étant conservé dans sa forme et dans son usage.

Au sein de Propagation de la monotonie, si détourner, étendre, ou adapter sont des modes opératoires qui servent à élargir le spectre des énoncés utilisés d’ordinaire pour présenter le LHC, ces initiatives sont également là pour faire du Grand Collisionneur de Hadrons une sorte d’équipement infini, celui dont il y a infiniment à dire. Cela ne tient pas à la supposée richesse de celui-ci, mais à ce qu’il est tout simplement : un équipement scientifique hautement déstructuré, un paysage troué, une sorte de galaxie constituée de particules qui changent de place et ne cessent de permuter entre elles. Ceci fait que l’exposition s’essaye à capter un ensemble de données qui passe successivement par différents volumes, par différents niveaux de perceptions, par différentes intelligibilités. S’il est impossible à représenter, le LHC n’en reste pas moins un matériau inépuisable, non pas qu’il serait nouveau, mais en ce qu’il revient toujours déplacé, en ce qu’il ne laisse rien d’autre à faire que d’être réécrit.

 

Technique:
- Totem « droit », structure en contreplaqué, habillage molleton et tissus Kvadrat Bass 3, 160 x 32 x 250 cm,  2 enceintes audio amplifiées, 1 écran LCD 55’, 1 player vidéo.

- Totem « équerre », Structure en contreplaqué, Habillage molleton et tissus Kvadrat Bass 3,  160 x 160 x 250 cm, 2 enceintes audio amplifiées, 2 écrans LCD 55’, 2 players vidéo, 1 player audio MP3 stéréo

- Structure métal et vitrages, Profilés en aluminium, Vitrage : PMMA anti-abrasion : 500 x 500 x 250 cm

- Assises, 10 sièges / L320mm x P320mm x H 450mm (à l’unité), 3 méridiennes / L1820mm x P700mm x H 450mm (à l’unité)

 

Journal comprenant les textes de Sophie Houdart ainsi que les informations techniques de l’installation, à télécharger ici.

En 2015, l’ensemble de la recherche effectuée par Sophie Houdart sur le LHC sera rassemblée au sein d’un ouvrage publié par l’éditeur Zones Sensibles, avec le concours de F93, à voir ici.

Photographies ci-contre: Antoine Dumont, Sébastien Agnetti
Vidéo : Guilhem Moreau
Visuel de l’exposition : One More Studio

Propagation de la monotonie
Propagation de la monotonie
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