Mirages

2010 - 2013

 

Avec les contributions de: Atelier van Lieshout, Block architectes, Pierre-Laurent Cassière, Pierre Charpin, Florence Doléac, Didier Faustino, Eric Jourdan, Vincent Kohler, Nicolas Moulin, Bruno Peinado, Frédéric Pradeau et Stéphane Sautour.

 

La valeur de l'ombre

Pour F93, il a toujours été question de faire valoir l’approche de la Culture Scientifique et Technique (CST) sur des territoires laissés en friche par une certaine tradition, une manière pour nous de continuer à sortir de l’histoire classique. Nous savons que le problème du renouvellement, en notre domaine comme ailleurs, ne se pose qu’en rapport avec des contenus nouveaux. Parfois, même, le renouvellement vient après les contenus, et dans ce cas, c’est ce que l’on a à en dire ou ce que l’on croit avoir à en dire qui impose de nouvelles formes. Pour nous, tout se passe le plus souvent à partir d’une contrainte extérieure ou d’une situation qui puisse susciter le changement. Dans le cas de Mirages, le ressort essentiel en a été le livre de la philosophe Bernadette Bensaude-Vincent intitulé « Se libérer de la matière ? ». Il s’agit d’un livre que notre initiative souhaite placer, non pas dans le passé, mais dans le futur, tant sa lecture rappelle combien les modes multiples de penser, de sentir, de se souvenir, de fantasmer, de parler, etc., chaque fois se créent au contact de la question des matériaux.
Sur la matière, les matériaux, et leurs rapports avec notre société, F93 savait certaines choses, ne fût-ce que par l’expérience de projets antérieurs ou par la lecture de quelques ouvrages. Mais ces questions n’avaient pas trouvé leur expression courante, ou n’étaient pas passées à l’état d’intérêts réels. Depuis longtemps, une certaine conception de la matière nous montrait un homme de génie, consacrant toute sa puissance à la maîtrise du matériau. Le matériau y était conçu d’une manière toute abstraite comme le produit de l’effort et des opérations de l’homme pour le plier à ses désirs. Dans le livre de Bensaude-Vincent, on assiste à un renversement salutaire, l’intérêt passe aussi du côté des matériaux. Pour la philosophe, ils ne sont pas moins extraordinaires que l’ingénieur qui les travaille, d’où la possibilité d’une réflexion à deux voix : l’une est tenue par l’homme et l’autre par le matériau. 

Le « fait matériau » constitue une sorte d’unité dans Mirages. Chacun des trois matériaux retenus (les céramiques, les métaux et les polymères) y apparaît dans son identité, cela signifie que chaque matériau se reconnaît dans l’exposition par les signes communs émis par les œuvres qui s’y rapportent. Ainsi, les signes-céramiques n’ont pas grand-chose à voir avec les signes-métaux, qui eux mêmes diffèrent des signes-polymères, le tout dessinant une pluralité de situations incommensurables dans lesquelles le visiteur est amené à évoluer. On pourra néanmoins déceler dans ces situations des sous-ensembles cohérents, comme les signes d’appartenance à une certaine technicité ou ceux propres à une forme de brutalité ou bien encore, et à l’inverse, les signes qui désignent une forme de raffinement. Au milieu de cette effervescence, il est cependant un principe au statut un peu privilégié dans la mesure où il est la médiation sans laquelle l’interprétation des œuvres de Mirages ne pourrait dépasser leur opacité apparente. Il s’agit d’un contrat et plus précisément celui passé entre les céramiques, les métaux, les polymères et les artistes, designers et architectes de Mirages. Aux yeux de ces derniers, les trois matériaux ont en effet cessé d’être des contraintes extérieures, ils sont devenus au fil du temps les partenaires ingénieux et inattendus de l’aventure. D’une manière générale, on peut distinguer deux cas dans les oeuvres de l’exposition : ceux où l’auteur a su très vite et à peu près vers où il voulait aller, et ceux où, jusqu’à la fin tout pouvait advenir. Mais dans les deux cas, le problème ne se posait pas en termes de maîtrise, il s’agissait plutôt d’une étonnante compensation d’erreurs. Soit tenter d’opérer un choix, parmi des possibles inattendus, soit attendre qu’une fin s’annonce et pour cela, la forcer à se manifester en tendant des hypothèses. Dans bien des cas, les créateurs de Mirages se sont habitués à foncer à tout hasard, quitte à multiplier les erreurs mais en croyant qu’il en sortirait toujours quelque chose. Dans d’autres cas, ils se sont employés à préparer chaque étape minutieusement, mais sans trop savoir pourquoi, s’enchaînaient malgré tout de petites erreurs qui devenaient énormes à la fin.

Si l’initiative s’est constituée grâce à trois matériaux placés entre les mains de créateurs, le résultat final, quant à lui, cherche à briser toutes ces possibles distinctions par une forme d’éloignement et d’indétermination. Mirages revêt ainsi l’aspect d’un ensemble de singularités plus ou moins connectées, agencées entre elles, une sorte de « paysage libre » dans lequel chaque œuvre vaut pour elle-même et pourtant par rapport aux autres. De cette présentation plurielle, répondant à des logiques d’assemblages les plus variées, il résulte une question : comment entrer dans cette exposition ? Disons qu’elle a des entrées multiples dont on ne sait pas bien les règles d’usage et de distribution. On entrera donc par n’importe quel bout, aucun ne valant mieux que l’autre, aucune entrée n’ayant de privilège. On cherchera seulement avec quels autres points se connecte celui par lequel on entre ou par quels trajets on passe pour connecter deux points. Ce principe à entrées multiples rappelle que l’exposition n’invite pas seulement à l’interprétation mais aussi à l’expérimentation.

 

Expositions:
- MIRAGES, La Cité du design, Saint-Etienne, 19 juin 2015- 27 mars 2016
- CLOCHE, oeuvre de Pierre Charpin pour Nuit Blanche, Archives Nationales, Paris, 4 octobre 2014
- MIRAGES /CÉRAMIQUES, La Cité des Sciences et de l'Industrie, Paris, 2 mars- 25 avril 2010

 

Créations:
- Clôture, 2013, d’Eric Jourdan. Fibre de lin, résine époxy pré-imprégnée, cuisson autoclave 120 C°, 420 x 420 x 110 cm

- Cloche, 2013, de Pierre Charpin, Bronze composé de 10% d’étain et 90% de cuivre, socle en métal, Ø 130 cm x 160 cm​

- Sävelmän Hurmata, 2013, de Stéphane Sautour. Stratification de 3mm de fibre de verre avec résine époxy, nappe de carbone pré-imprégnée, cuisson four à 120C°, amplificateur, analyseur de fréquences, capteur Piezo. 2 sphères Ø 130 cm

- Petit chemin plantaire, 2010, de Florence Doléac, Porcelaine extra-blanche émaillée, bois, acier, 384 x 80 x 98 cm

- Filtre à eau, 2010, de Frédéric Pradeau. Céramique technique poreuse, tuyaux plastiques matériaux divers, 3 sphères Ø 62 cm

- The Naked Lunch, 2010, de Didier Fiùza Faustino, Porcelaine extra-blanche émaillée, 30 x 15,5 x 20 cm

- Burn Out, 2010, de Vincent Kohler, Céramique réfractaire, Dimensions variables

- SANS TITRE, IN­GIRUMIMUSNOC­TEETCONSUMI­MURIGNI, 2010, de Bruno Peinado, Briques en grès chamottés polychromes, restionaceae, terre, 174 x 159 x 67 cm

- D117, 2013, de Block Architectes, Elastomères hydrocarbonés, structure en résine, Ø 560 cm x 280 cm

- Nachinsel, 2013, de Nicolas Moulin, métal 450 x 450 x 260 cm

- Naphta Cracker, 2012, d’Atelier Van Lieshout, Métal, bois, caoutchouc, carton, 550 x 370 x 480 cm

- Distorsions, 2013, de Pierre Laurent Cassière, Acier inoxydable pelliculé titane, chêne, moteurs, microcontrôleurs, 380 x 150 x 250 cm

 

Avec la précieuse aide de Enzyme, Le CRAFT/ Limoges, Porcelaine Pierre Arquié, Sitex et Le Jardin de Roscoff.

 

Photographies ci-contre : Pierre Antoine, Antoine Dumont, SÉBASTIEN AGNETTI

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